L'ART ET L'EROTISME

Agnès Sorel
Quel érotisme se dégage de cette Vierge à l’enfant avec des séraphins et des chérubins ! D'autant plus qu’elle ressemble à Agnès Sorel, la maîtresse de Charles VII.
Pourtant cette œuvre n’a jamais subi la moindre censure. Jean Fouquet, célèbre peintre de cour de Charles VII l’a réalisée en 1452 à la demande d’Etienne Chevalier, à la demande du dit Roi.
Et la toile n’était pas cachée dans un cabinet particulier : elle trônait dans l’église de Melun, c’était en fait un diptyque destiné à symboliser la piété d’Etienne Chevalier.
Le panneau de gauche le représentait donc en prières aux côtés de son saint patron et tous les fidèles pouvaient ainsi contempler ses dévotions à cette Vierge si sexy et si scandaleuse car sa ressemblance avec Agnès Sorel n’échappait à personne.
Décédée, deux ans plus tôt, son visage était aussi célèbre que s’il avait fait la une des magazines « people ». Vénérée pour sa beauté mais crainte pour son ascendant sur Charles VII, elle avait défrayé la chronique pendant 10 ans. Elle lançait des modes, coiffures vertiginueuses, traînes infinies, et inventa même le fameux décolleté « épaule nue », qualifié alors de "ribaudise et dissolution. Le roi lui offrit le premier diamant taillé connu à ce jour.
Première dame officieuse du royaume, et de l’histoire de France, elle inaugura le statut et le règne des favorites.
Au sommet de sa gloire, une prise de mercure maladroite ou criminelle l’emporta à l’âge de 28 ans.
Fouquet la choisit alors pour représenter sa Vierge : on reconnaît son grand front dégagé, son nez droit et pointu, sa fossette au menton, sans oublier bien sûr, son fameux décolleté « épaule nue » et si le public de l’époque ne s’en est pas scandalisé, c’est peut-être que montrer ses seins n’était pas aussi mal vu qu’aujourd’hui, et que les maîtresses ne choquaient pas autant l’aristocratie de l’Ancien régime que la Bourgeoisie qui lui a succédé après la Révolution.
(source "Entre médiéval et renaissance)