LA MAISON SIMON DOYEN A NODEBAIS

Nous continuons notre tour des biens inscrits à l’Inventaire Régional du Patrimoine avec la maison du brasseur Simon Doyen, à Nodebais. Ce bien, érigé en 1831, est inscrit avec pastille, ce qui veut dire qu’il est d’une qualité patrimoniale supérieure à l’échelle locale et que sa pérennisation est particulièrement souhaitée.
Dans le courant du 19e siècle, apparaissent dans nos campagnes des bâtiments dont la fonction devient plus exclusivement celle de la maison d’habitation. Il s’agit plutôt de maisons destinées à des citoyens nantis dont l’activité n’est liée, le plus souvent, que très indirectement à la campagne.
Le modèle choisi prend alors doucement ses distances avec les codes coutumiers du logis traditionnel des fermes familiales pour se rapprocher, non sans hésitation et maladresse, d’un vocabulaire architectural à la fois plus urbain et cossu.
Il s’agit toujours du même plan et de la même élévation. Ce sont des bâtisses d’un étage dont la façade est rythmée par une porte centrale encadrée de deux travées latérales au rez-de-chaussée : répétées, à l’étage elles encadrent une fenêtre supplémentaire au-dessus de l’entrée. La couverture en bâtière est parfois munie de croupes. Le matériau utilisé reste la brique rehaussée d’encadrements de fenêtre, de cordons et de chaînages d’angle en pierre de Gobertange. Le plus souvent, ces bâtiments se trouvent « entre cour et jardin », dans ce que l’on désigne par chez nous comme une "closière", donnant des allures de petit parc entouré de murs et protégé de grilles plus ou moins ornementées.
La maison du brasseur Simon Doyen en est exemplative. Elle est dotée d’un cartouche timbré au-dessus de l’entrée, sur lequel est gravé " SIMON DOYEN / ANNO 1831", entourant un motif sculpté qui illustre les outils utilisés par sa corporation. Dans l’axe, le propriétaire s’est permis une fenêtre supplémentaire qui éclaire les combles. Elle est inscrite dans un pignon à la découpe campaniforme qui tranche avec les lucarnes rencontrées habituellement dans la région.
L’hésitation entre habitat urbain et rural se ressent jusque dans les détails ornementaux. En effet, la corniche est soulignée par des trous de boulin traditionnels qui alternent avec de faux caches-boulin. Dans les constructions rurales, ces « trous » permettaient la pose de « boulins », des pièces de bois supportant un échafaudage temporaire destiné à l’entretien des parties supérieures du logis, mais ils servaient aussi de prises d’air pour aérer les combles dans lesquels étaient entreposées des denrées alimentaires. En ville, en attente de la pose éventuelle d’un échafaudage, ces trous étaient bouchés par des caches-boulin – souvent en fonte et ornés de motifs apotropaïques (destinés à conjurer le mauvais sort) – afin d’éviter les courants d’air puisque les combles logeaient le personnel de maison.
La grille qui devance l’ensemble est rythmée de barreaux verticaux sommés de fers de lance. Cette extrémité lancéolée est fréquente et symbolise le caractère « défensif » de la grille d’entrée. Un élément en forme de gland est fiché de part et d’autre de chaque ouvrant. Le gland est un talisman. Il est associé à la prospérité et à la longévité mais aussi à la fertilité. Parfois, ce fruit laisse place à un autre symbole protecteur dont la signification est analogue : la pomme de pin.
(source Commune de Beauvechain )
